Relations internationales : « Puteaux, ville européenne ? » par Olivier Jacques
Au moment où l’Europe vient d’abolir les frontières entre 24 de ses états membres, permettant ainsi la libre circulation dans son espace de près de 400 millions de personnes, nous pouvons nous demander comment, dans un projet de renouvellement politique, nous pouvons définir la place d’une ville comme Puteaux face à la Communauté Européenne.
Il m’a semblé utile de se poser deux questions de fond sur ce sujet :
- quelle politique de développement et d’orientation européenne une ville comme Puteaux peut-elle mener ?
- quelle est la place accordée par la ville aux membres de la Communauté Européenne, et en élargissant ce point, à toute personne étrangère résidant sur son territoire ?
Développement et orientation européenne
Sur le premier point, le constat est un peu décevant : Puteaux est jumelée avec 8 villes dans le monde, dont 6 en Europe. Qui connaît, parmi les Putéoliens, cet état de fait, et qui est susceptible d’en citer ne serait-ce que deux, puis de les situer sur une carte ? Quand a-t-on vu des manifestations d’ampleur suffisante pour amener nos concitoyens à s’ouvrir un peu plus à d’autres sensibilités, d’autres cultures, d’autres ressentis ? Quels échanges forts existent, quels propositions de collaboration auraient-elle été mises en place ?
Sachez donc que Puteaux est jumelée avec Offenbach, banlieue de Francfort en Allemagne (1955), Mödling, à 16 km de Vienne en Autriche (1956), Zemun, commune de Belgrade en Serbie-Monténégro (1956), Esch-sur- Alzette, à quelques kilomètres de Luxembourg au Grand-duché du même nom (1956), Velletri, proche commune de Rome en Italie (1958), Braga, à 50 Km de Porto au Portugal (2001), ), Gan Yavné, sur la côte méditerranéenne d’Israël, à 40km de Jérusalem (1973), et enfin Kati, à 15 Km de Bamako au Mali (1985).
Force est de constater que ces jumelages sont pour la plupart fort anciens et peu mis en valeur. Ils nous permettent pourtant d’émettre quelques propositions et pistes de réflexions : chacune de ces communes a du ou doit réfléchir à la gestion de son territoire et de ses administrés avec des contraintes qui sont parfois bien différentes de celle de notre ville. Pourtant, on le sait aujourd’hui, il y a des solutions de gestion, en matière d’économique, d’urbanisme, d’écologie, de politiques culturelle ou scolaire, qui peuvent trouver une application universelle.
Une première idée de rapprochement plus fécond pourrait être d’échanger avec ces villes amies sur les solutions innovantes qu’elles ont pu être amenées à développer.
Pour donner un exemple concret : Braga, ville dotée d’un centre historique riche, a trouvé des solutions à la gestion piétonne d’une partie de ce centre, avec une activité économique et urbanistique maîtrisée. Ne pourrait-on imaginer une réflexion jumelée destinée à Puteaux, qui souffre terriblement d’une gestion urbanistique peu élaborée ?
Une autre piste serait de se demander si des échanges peuvent se développer dans le cadre scolaire : déplacer une classe « verte » dans le Latium Romain de Velletri peut être aussi passionnant que de le faire en Normandie ou en Bourgogne, mais peut se révéler plus enrichissant encore pour les enfants par la rencontre avec une culture et une langue différentes. Ceci étant, bien sûr, vrai dans l’autre sens : Puteaux, déjà riche de plusieurs communautés d’expatriés, trouverait un souffle certain à se confronter chez elle à d’autres ressentis.
La même Velletri a mis en place un agenda 21 local, une démarche dérivée de l’Action 21, imaginée lors du premier sommet de la Terre en 1992, et qui consiste à raisonner l’ensemble de la gestion d’une entreprise, d’une ville ou d’un pays sous l’angle du Développement Durable. Puteaux souscrit à cette démarche, mais semble avoir du mal à la mettre en application ! Plus généralement, on touche à ce qui nous manque profondément : une ouverture aux autres plus intense, plus riche et plus positive.
Cette dynamique municipale, on le sait, peut très vite se révéler un moteur formidable pour le développement de la Ville, et pour l’ouverture des esprits. Nous sommes tous inquiets de la bureaucratie européenne, des diktats que celle-ci imposerait à tous. Pourtant, une meilleure lecture des opportunités que nous offre le cadre européen, à travers notamment une politique d’échanges et de relations plus intenses, nous prouverait certainement très vite et très concrètement que le cadre européen est fait pour nous aider à avancer et non pour nous empêcher de progresser.
Européens oui, mais putéoliens aussi !
La seconde question de fond est la place réservée aux Européens dans notre commune, et la manière dont ceux-ci l’occupent. Rappelons un fait simple : tout citoyen issu d’un des pays membre de la Communauté Européenne est potentiellement électeur aux élections municipales de sa commune de résidence permanente ET éligible dans une équipe municipale.
Beaucoup d’Européens ne sont pas au fait de ces dispositions. Pourtant, quelle meilleure étape pour s’intégrer à la vie d’un pays que de pouvoir y voter, voire participer activement à la vie sociale, économique ou culturelle de sa commune ?
Il semble donc nécessaire que les membres des diverses communautés de Puteaux, issus de pays de l’Union, n’hésitent pas à faire entendre leur voix aux municipales. Nous ne comptons pas pour rien (je dis nous, puisque Belge résidant en France depuis 25 ans, je fais partie de cette présence européenne, et je compte bien m’exprimer les 9 et 16 mars, en plus de cette tribune).
Pragmatiquement, rappelons à ceux qui ne l’auraient pas encore fait, qu’ils ont jusqu’au samedi 29 décembre 2007, 11h55 pour s’inscrire à la Mairie au service des Elections.
Mais il est aussi nécessaire que chaque communauté présente sur la commune fasse valoir son existence sous toutes les formes possibles : associations, propositions d’échanges, rencontres, manifestations culturelles spécifiques…
L’écho donné à ce qui existe est faible, et sans aucun doute nous gagnerions tous à mieux savoir ce qui se passe sur le territoire de la Commune. Il sera donc nécessaire d’envisager des relais au niveau municipal plus actifs, plus enclins à valoriser ce qui peut donner relief à des présences différentes, riches de découvertes et de possibilités nouvelles.
Nous connaissons la présence d’une communauté portugaise importante par exemple, dans notre Ville. Ne pourrait-on envisager une manifestation importante, avec une résonance forte autour de la culture portugaise ? Un festival du Fado, une exposition sur Fernando Pessoa ou les grands auteurs brésiliens, une rétrospective du jeune cinéma portugais, une mise en perspective de la puissance du Portugal, plus grand colonisateur des XVe et XIVème siècles pour l’ouverture sur le monde (Qui se rappelle des voyages précurseurs de Vasco de Gama ?) Et nous ne parlons ici que de la communauté lusophone. Mais il y a bien d’autres groupes qui ont contribué, et contribueront encore à tisser la culture de Puteaux et l’enrichir de leurs apports. Apprenons à les écouter, poussons-les à se faire entendre.
Olivier Jacques
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