"Les résultats du Lycée « Agora » de Puteaux" par Annie Keszey
Chaque année, le Département de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance du Ministère de l’Education Nationale publie un classement des lycées d’enseignement général et des lycées polyvalents à dominantes tertiaire et industrielle. Ce classement inclut trois indicateurs : le taux de réussite aux baccalauréats, la capacité à faire progresser les élèves et la capacité à accompagner les élèves de la 2de à la Terminale. Le dernier classement, publié par l’Express, porte sur les années 2004, 2005 et 2006. L’autoévaluation interne du lycée n’est pas connue.
Le lycée Agora est 1860ème sur 1865. Les 3 indicateurs sont faibles. Cette contre-performance n’est pas exactement financière. Le bâtiment placé sous la responsabilité du Conseil Régional est beau et un lycéen français coûte, à l’Etat, 26% de plus que dans la moyenne des pays de l’OCDE.
Objectivement cependant, ces deux tutelles ensemble, et surtout l’Etat, ne réussissent par leur mission. C’est donc l’impérieuse nécessité d’un devoir d’ingérence solidaire que de proposer aux acteurs les aides extérieures de la Municipalité, des Parents d’élèves et des Associations.
L’Education Nationale est injuste du fait de son incapacité à compenser le mécanisme de la reproduction des élites (les 20 lycées de tête, dont 11 privés, sont, en particulier, des lycées qui ne pratiquent pas la mixité sociale). Le système éducatif fonctionne sur le remarquable principe constitutionnel de l’égalité formelle des droits dont la dérive, décryptée minutieusement par Pierre Bourdieu, conduit, chaque année encore, trop d’élèves vers l’échec scolaire lourd : 20 % d’une génération !
La faiblesse ancienne du pilotage ministériel et la crainte de rectificatifs qui s’apparenteraient à une discrimination positive, principe anticonstitutionnel, n’induisent que très lentement des mesures limitées pour égaliser les chances, dont les principales, d’ailleurs, ne concernent pas le lycée Agora : moyens supplémentaires attribués aux Zones d’Education Prioritaires, conventions entre les ZEP et l’école de Sciences Politiques, soutiens qualitatifs d’élèves par l’ESSEC, bourses EURIS et SFR…En 2009, les baccalauréats professionnels devraient être accessibles par des études plus courtes. Seul, le recul des épreuves du bac, en accordant aux lycéens une semaine de travail supplémentaire, sous la pression légitime des parents, pourrait concerner, peut-être, positivement, l’Agora.
Ces lycées de derniers rangs ont des difficultés communes. Leur recrutement de fin de collège ne porte que sur une partie des élèves, les autres, les meilleurs ( ?), choisissant des lycées privés ou sollicitant des dérogations. La formation de base de ces recrutés est déficiente et leur motivation souvent aléatoire : il faut agir surtout, avec un fort volontarisme, en amont du lycée. Deux principaux déficits marquent une partie de cette population lycéenne : une inégalité du pouvoir d’expression et un manque d’estime de soi. Le linguiste Alain Bentolila dénonce cette langue parlée au vocabulaire exsangue et à l’organisation imprécise des phrases : « mots de la communion (de voisinage), plutôt que de communication qui condamnent ceux dont ils constituent l’essentiel du vocabulaire à renoncer à imposer leur propre pensée à l’intelligence des autres ». L’école n’a pas su doter chaque élève de l’ensemble des registres de langue, indispensable à tout type d’études. L’Agora cependant s’est engagé dans le dispositif académique d’aide individualisée en seconde, pour le français.
De même, on sait qu’avec le seul enseignement de l’anglais scolaire, les élèves n’auront pas un niveau suffisant pour se présenter aux concours d’entrée dans les Grandes Ecoles, réussis par les adeptes des cours particuliers et voyages scolaires. Il faut compenser.
Tous ces lycées n’ont pas encore ouvert une section d’excellence de proximité, concrétisant le niveau de qualifications professionnelles exigeantes et facilitant peut-être l’accès de tous à un haut degré d’ambition afin de lutter contre le découragement. En effet, l’indicateur négatif d’accompagnement des élèves révèle des abandons importants de scolarité en 2de et ultérieurement. De nombreuses mesures de fixation existent pourtant : tutorats, adultes référents, relevé des absences par informatique, sur le logiciel « Pronote » et transmission aux familles en temps réel, récupération des cours manqués en soirée ou pendant les vacances…Il faut vaincre ces résistances et ne perdre personne.
De l’école maternelle jusqu’à l’entrée en seconde, pendant le temps de présence à l’école, sans cours (de 17H à 19 H), la municipalité doit rationaliser ses aides, cesser ses dispersions et servir, en priorité, la réussite scolaire. Tout doit concourir à préciser et développer le langage, à savoir et aimer lire, à accéder à la littérature dès le plus jeune âge, à ne redoubler surtout aucune classe, à combler les lacunes révélées par les évaluations nationales des CE1 et CM2…Il faut militer aussi pour rendre publics les résultats des établissements scolaires, les craintes syndicales des effets de la concurrence n’étant qu’anecdotiques tant il s’agit d’instaurer, à Puteaux, la justice scolaire.
Annie Keszey
D’autres liens pour cette contribution ? Pas de lien sur le site municipal – Pages éducation sur MonPuteaux – Classement de l’Express des lycées des Hauts de Seine – Portail Ministère de l’Education Nationale







Il a une drôle de tête ce lycée ! Peut-être faut-il le rendre un peu plus statutaire...
Aussi, j'ai pas bien compris : est-il en ZEP ?
Y a t'il des filières spécifiques ? A voir les résultats, il faut sans doute réorganiser les formations pour qu'elles soient intégrées à un projet local de développement et d'emploi.
Rédigé par: Steph | le lundi 31 décembre 2007 à 00h28
Il faut surtout reconnaitre que la majoritée des bons lycéens de puteaux s'oriente soit vers les lycées de Neuilly, pour le bas de Puteaux, soit vers le Lycée Paul Langevin à Suresnes, pour le bas.
Dans ma classe de Terminale S il y avait plus de putéoliens que de Suresnois. A vrai dire, on ne voyait presque pas la distinction...
Rédigé par: Blocka | le dimanche 20 janvier 2008 à 21h50