Marché des Bergères : Pour un Marché Equitable "made in Puteaux" par Olivier
Vacances obligent, je suis parti en ballade explorer le Puteaux que je ne fréquente jamais. Du coup, je me hasarde du côté du rond-point des Bergères, un quartier où je mets rarement les pieds. Bon, c’est sympa mais ce n’est pas le grand luxe non plus.
Cette partie de la ville n’a rien à envier à certains coins bordant le périphérique du nord de Paris. C’est un brin tristounet…mais comme par miracle au milieu de ce désert sans âme, je tombe sous le charme d’une oasis se révélant être la seule pépite dorée du quartier.
Un palais ? Presque, mais non… c’est beaucoup moins majestueux, mais tellement plus somptueux ! Un ersatz de cathédrale de verre de l’ère pseudo romaine où trônent deux jolis palmiers en devanture. J’observe le bâtiment, je regarde avec un sourire en coin et je me décide finalement à prendre un café à quelques pas de mon nouveau lieu-saint.
Intrigué par l’ouvrage clos, presque par nécessité, je me décide à questionner gentiment le Cafetier :
Moi : « C’est joli le bâtiment en face ! »
Le Cafetier : « Oui, c’est le marché des Bergères »
Moi : « Ah ?!? Un marché ?!? Sympa ! Mais c’est pas ouvert aujourd’hui ? » (Nous étions lundi)
Le Cafetier : « Non, c’est seulement ouvert les jours de marché…les mercredis et les samedis matin. »
Moi : « Ok, merci…ben je reviendrai mercredi matin alors… ! »
Le Cafetier m’adresse un petit sourire et retourne vaquer à ses occupations.
Point désorienté par cette clôture momentanée, le mercredi arrivé je me rends au Marché des Bergères bardé de mon sac à provisions. Je pénètre presque religieusement dans l’antre sacrée et tombe émerveillé par les étals bien achalandés et le fourmillement qui me rappelle presque les petits marchés de Provence que j’aime fréquenter l’été.
XXX Début d’aparté : Pour info, depuis les années 90 et les différentes crises alimentaires, j’essaye de manger des produits sains qui sentent bon la campagne française. J’aime voyager aussi, donc artisanat et gastronomie locale sont au programme. On me prend pour un bobo, mais je regarde le monde tourner autour de moi. Je ne suis engagé dans rien, mais avec le commerce équitable c’est devenu ma façon à moi d’être solidaire… Meubler mon appart’ avec des objets du monde entier et manger bon et juste….que demande le peuple ! Du moment que je ne suis pas seul à en profiter. Fin de l’aparté. XXX
Revenu de mes pensées, j’achète du fromage, du pain, de la viande et des légumes. Rien de bien extraordinaire dans un marché ! Dépensier de nature, si il y avait eu autre chose que des étals de bazar « tout à dix balles », je me serai bien laissé tenté par un joli petit objet pour compléter ma déco’.
Un peu dépité, je quitte mon nouvel endroit préféré de Puteaux. Promis, juré ! Je reviendrai samedi prochain… Dur quant même ça pourrait être ouvert la semaine aussi !
Arrivé chez moi, je me mets aux fourneaux…Je ne suis pas bon cuisinier, mais faut bien remplir cet estomac qui crie famine. Allez, à la bonne franquette ! Un coup de jaja, un camembert bien crémeux et du pain de campagne bien frais ! La première bouchée avalée, je repense à ce fameux Marché des Bergères qui hante mon esprit…
Un flash me traverse soudainement l’esprit : lors d’une visite à mon cousin François de Bayonne le printemps dernier (il est gentil mon cousin François de Bayonne !), il m’avait emmené faire un tour à leur Marché équitable. Moi, avec un Puteaux-Bayonne dans les chaussettes, j’avais surtout envie de m’étaler dans son canapé.
Que nenni, il m’avait poussé dans sa Clio et direction le fameux Marché équitable. C’était coloré et j’avais adoré. Mon banquier était certainement moins heureux que moi !
Pas grave, le balafon de Côte-d’Ivoire repose désormais en paix sur la commode de mon salon et maman a beaucoup aimé son coussin spaghetti « made in Brazil » !
En remontant dans la Clio de François, je lui ai dit : « C’est dommage, à Puteaux y’a des Palais partout mais pas de marché équitable ! ».
Je manque de m’étouffer…la dernière bouchée est mal passée ! Je peste contre ces maudits bayonnais et je repense toujours à mon mien de Marché qui est moins beaucoup moins gai… C’est à ce moment précis que mes neurones se remettent à travailler…
Voyons voir : Bayonne, un marché équitable, de la bonne chair, des beaux objets, Puteaux, un marché des bergers euhhhh…des Bergères ! (faut que ça rime quant même), des étals, de la bonne chair mais pas de beaux objets…
Vaille que vaille, une idée fuse comme ça, tranquille, genre le mec peinard… Un coup de jaja et là c’est l’éclair ! Ben pourquoi à Puteaux y’a pas un marché aussi beau, bon et utile qu’à Bayonne ! Après tout, mon ersatz de cathédrale romaine pourrait bien faire l’affaire !
EPILOGUE DE MON ROMAN A MOI D’UN JOUR
Cette histoire m’a tellement taraudé, qu’en pensant au projet que Christophe veut construire à travers son chantier avec les putéoliens, j’ai écrit MA contribution à moi. Le ton du texte et la proposition lui ont plu. Il m’a même suggéré que ce Marché Equitable « made in Puteaux » pourrait accueillir aussi des spectacles d'ailleurs, en tenant compte de la modularité de la salle (Houlaaaaaa pas facile comme mot). Pas bête et assez cool le gars !
Je respire à fond, j’écris ce texte d’une traite, je mets une jolie chemise rose à carreaux (ça fait été !), j’ajuste le col et ma voix un peu enrouée et je me concentre bien pour faire ma petite annonce officielle :
« Chères putéoliennes, chers putéoliens, ma modeste proposition est d’envisager la transformation du Marché des Bergères en un espace de commerce équitable où nous pourrions trouver des produits bons et sains, de beaux objets du monde entier et profiter de spectacles sympathiques. Tout cela réuni dans un endroit dédié à cet effet et ouvert la majeure partie de l’année. Merci de m’avoir écouté»
Je souffle…mon annonce est passée. J’ai un peu sué, mais bon, je suis pas habitué à parler devant autant de monde.
Seul point sur lequel je n'ai pas trouvé de solution : la manière de ne pas pénaliser les commerçants permanents ou habituels du Marché des Bergères actuel ?!? Si l'on ne trouve pas de réponse à cela, c'est que la question était mal posée....!
Ben, si vous êtes arrivé au bout de mon texte et que vous ne vous êtes pas endormi, profitez-en pour me dire si vous avez trouvé que mon idée elle était bonne ! Tout ça, c’est pas très français, mais on peut aussi se marrer un peu sur un chantier non ?
A bientôt !
Olivier
Informations complémentaires
C’est quoi le Commerce Equitable ?
Le commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète.
Les organisations du commerce équitable (soutenues par les consommateurs) s’engagent activement à soutenir les producteurs, à sensibiliser l’opinion et à mener campagne en faveur de changements dans les règles et pratiques du commerce international conventionnel.
Les principes du label « commerce équitable »
-Création d’opportunités pour les producteurs économiquement défavorisés,
-Transparence et la responsabilité,
-Légalité des pratiques commerciales,
-Paiement d’un prix équitable au producteur,
-Lutte contre le travail des enfants et le travail forcé,
-Lutte contre les discriminations, pour l’égalité hommes-femmes et la liberté d’association,
-Contrôle des conditions de travail,
-Formation continue des employés
-Protection de l’environnement.
D’autres liens sur la contribution : Page « marchés » du site municipal – Pages « commerces » de MonPuteaux – Dossier « commerce équitable » du site Agir pour la Consommation – Site de Max Havelaar France – Portail du Ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement Durables







Excellent !!!!!!!
Et pour: "Seul point sur lequel je n'ai pas trouvé de solution : la manière de ne pas pénaliser les commerçants permanents ou habituels du Marché des Bergères actuel ?!? Si l'on ne trouve pas de réponse à cela, c'est que la question était mal posée....!" comme les marché sont le mercredi et le samedi et que le marché de Chantecoq c'est le jeudi et dimanche...il reste le lundi, mardi et vendredi. Ainsi, on pourrait envisager tous les jours de la semaine ou presque qu'il y ait un marché à Puteaux. Problème ces jours correspondent à des jours de travail....?
Rédigé par: crab | le lundi 10 septembre 2007 à 13h36
Je trouve cette idée excellente et avec votre autorisation, je demanderai à ce qu'elle soit intégrée au projet socialiste pour la ville de Saint-Malo !
Rédigé par: Jonathan Debauve | le mercredi 12 septembre 2007 à 19h43
c'est la première fois que je réagis à une proposition, parce que celle-là je la trouve vraiment excellente.
C'est en effet une proposition toute à fait d'actualité : à un moment où on lorgne notre assiette en ce demandant
1- quelle dose d'ogm il y a la dedans
2- combien de colorants/ conservateurs aux effets non testés sur la santé; combien de pesticides/engrais ont été rejetés dans les cours d'eau pour produire ca
3- combien de petits malheureux ont été payés des misères pour nous permettre de manger pas cher
ce qu'il nous faut c'est agir dans le bon sens en créant effectivement des approvisionnements alternatifs en commerce equitable d'une part et en certifiés ecocert (agriculture bio) d'autre part
evidemment ce marché doit être accessible le week end au moins, parce que les clients travaillent la semaine, le marché traditionnel pouvant être transféré au marché du centre-ville par exemple
Rédigé par: api | le jeudi 13 septembre 2007 à 10h53
Bonjour,
Hélas, la belle idée du commerce équitable a été bien subvertie, voir "les coulisses du commerce équitable", de C. Jacquiau (pardon, extrait long) : COMMERCE ÉQUITABLE : LE GRAND BAZAR (...)
À la fin des années 1990, le concept de commerce équitable conquiert le grand public avec son produit-phare, le café. Très vite, tout produit se prête à sa version « équitable ». L'équitable devient tendance. Il est très vite récupéré par des marchands de bonne conscience, n'hésitant pas à le marchandiser pour en faire un outil de leur prospérité financière. Une sorte de nouvelle « nouvelle économie ».
Mais qu'est ce que l'équitable ?
Son concept repose sur un triple engagement, celui des producteurs et des consommateurs arbitré par de nouveaux intermédiaires : les « acteurs » de l'équitable.
Le principe ? Les consommateurs paient « un peu plus cher » un produit acheté à un prix supérieur aux cours mondiaux pour assurer un revenu décent aux petits producteurs du Sud. Les acteurs veillent au respect des normes sociales et environnementales.
En théorie, tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes...
Initié par le militantisme citoyen, largement instrumentalisé par les bureaux de marketing, le commerce équitable a été récupéré par les marchands d'illusion. En se donnant à la grande distribution et à quelques transnationales, les adeptes de la marchandisation de l'équitable ont ouvert la boîte de Pandore.
Comment ne pas s'étonner face à la liste des leaders de l'équitable : Accor, MacDo, Dagris, Nestlé, Starbucks... sans oublier Leclerc et les réseaux de la grande distribution.
Tous ensemble... unis pour l'équitable. Tous partenaires commerciaux d'un certain Max Havelaar qui se prétend l'inventeur du commerce équitable.
Mais qu'en est-il de la promesse que les uns et les autres se font ? Les organisations relais et entreprises qui font de l'équitable tiennent-elles leurs engagements ? Qui est vraiment gagnant ? Répondre à ces questions, c'est éclairer d'un jour cru un aspect que certains « commerçants de la bonne conscience » aimeraient tenir secret.
Les défaillances de la mémoire collective conduisent souvent à exagérer l'originalité de notre présent, écrivait Jean Noel Jeanneney [ 1] dans les colonnes du Monde en 1987 [ 2]. Une remarque qui s'appliquerait à la lettre au commerce équitable.
Les battages publicitaires laissent aujourd'hui accroire que le commerce équitable serait né sous l'égide du prêtre Frans van der Hoff et de la marque Max Havelaar [ 3], qu'il a fondé avec son complice Nico Rozen en 1988.
Il n'en est rien. Le commerce équitable existait bien avant qu'il ne soit récupéré comme un outil marketing de plus au service des manipulateurs d'opinions.
Aristote, au troisième siècle avant Jésus-Christ, ne s'interrogeait-il pas sur l'équité et l'équitable [ 4] ?
Souvent revisitée, parfois même révisionnée à des fins purement commerciales, l'histoire du mouvement équitable en France, est sans doute la plus méconnue de tout le continent européen. Elle commence au tout début des années 1970, à l'initiative d'Henri Groués, né le 5 août 1912 à Lyon, éternel révolté et infatigable combattant contre la misère.
Un véritable personnage de légende, couvert été comme hiver de son inséparable béret basque et vêtu de cette longue cape noire qu'on a l'impression de lui avoir toujours connue.
En France, le commerce équitable... c'est l'Abbé Pierre, aussi ! Et ce, bien avant que des produits dits équitables ne s'exhibent sur les rayons de nos supermarchés...
Nous sommes en décembre 1970. La guerre civile éclate au Pakistan. La scission du pays va donner naissance à l'un des Etats les plus pauvres de la planète : le Bangladesh. Ravagé par la guerre, le pays connaît de plus des inondations catastrophiques.
En novembre 1971, l'Abbé Pierre lance son fameux « appel aux communes de France », demandant à chacune d'elles de se jumeler avec une commune du Bangladesh. Des dizaines de comités communaux se forment alors.
Visionnaire, l'Abbé Pierre finance l'aide aux peuples sinistrés de trois façons :
1. Fort de l'expérience acquise avec ses « compagnons » - les fameux Chiffonniers d'Emmaüs - il intensifie le ramassage d'objets rejetés par la société de consommation qui seront revendus dans les boutiques des communautés, en une application très concrète de la décroissance avant l'heure.
2. Il organise la vente de produits de l'artisanat du Tiers-Monde ce qui débouchera, quelques années plus tard, sur la création de la toute première boutique Artisans du Monde (1974). Le commerce équitable déjà !
3. Il va plus loin encore en lançant un appel à la générosité publique concrétisée par son fameux "impôt volontaire de 1%" qu'il invite à payer spontanément. On ne parle pas encore de taxe Tobin mais dès 1971, pour l'Abbé Pierre, l'idée d'un impôt levé dans les pays riches au profit des plus démunis était une évidence.
Max Havelaar est créé en 1988, aux Pays Bas, à l'initiative de deux missionnaires : Nico Roozeen et Frans Van Der Hoff - dont la mission est financée par les églises hollandaises.
L'une des premières missions dont l'évêché charge le père Frans Van Der Hoff est de s'informer sur les conditions de vie de la population indienne des montagnes, sur ses coutumes et... sa religion. Le jeune prêtre se fait alors engager comme journalier pour la récolte de café suivante.
Frans Van Der Hoff a le sens de la formule : « Dieu n'a pas voulu ce que vous vivez. Vous avez le droit de vous organiser et de vous révolter ».
En 1992, il soutient une thèse dont le titre, qui claque comme un slogan, ne souffre aucune ambiguïté : « Organiser l'espoir. La Théologie des paysans indiens [ 5] ». Une approche que ne renieraient pas les meilleures agences de marketing.
Max Havelaar® n'achète, ni ne vend, aucun produit. L'association qui commercialise la marque se contente de mettre en rapport des producteurs du Sud avec des industriels du Nord, quels qu'ils soient, quels que soient leurs comportements par ailleurs. Equitables ou non...
Pour mieux convaincre le consommateur, la marque Max Havelaar® [ 6] s'est autoproclamé « label » du commerce équitable. Ce qu'elle n'est pas.
Sa notoriété remonte à la fin des années 1990 et à son entrée dans les linéaires de la grande distribution. Mais comment a-t-on pu en arriver là ?
En 1998, Max Havelaar lance la campagne « Exigez des produits éthiques » en direction de la grande distribution, en partenariat avec l'association Agir Ici et le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD).
L'idée ? Faire imprimer des cartes postales sur lesquelles figure l'exigence des consommateurs de trouver les produits de la marque Max Havelaar... en grandes surfaces ! Et utiliser les réseaux militants pour faire signer un maximum de cartes qui seront ensuite adressées tant aux points de ventes qu'aux directions régionales et nationales des grands réseaux de distribution. Le marketing venait de pénétrer le petit cercle de la contestation de la mondialisation.
Il est précisé sur chaque carte : « En participant à la diffusion de cette campagne au sein de votre famille, de votre cercle d'amis, de votre association ou de votre entreprise, vous contribuerez efficacement au succès de notre campagne et, au-delà, au développement d'une économie plus soucieuse de justice et d'équité, d'une économie qui replace l'Homme au centre de son activité ».
Accessoirement à la notoriété d'une marque privée et à la valorisation d'une bonne image de la grande et moyenne distribution [ 7]... mais de cela, il n'est pas question.
Ce n'est plus Max Havelaar qui piaffe à l'entrée du supermarché, c'est le militant qui, à défaut d'un autre monde, se contentera d'un autre supermarché possible...
Tous relaient la campagne. La révolte est en marche. A vos caddies camarades !
Le succès est au rendez-vous. Dés l'année suivante (1999) Max Havelaar fait une entrée triomphante sur les rayons de la grande et moyenne distribution (GMS).
« Cette opération restera l'un des grands moments de la récupération du tout jeune mouvement altermondialiste... », déplore quelques années plus tard un signataire, jurant qu'on ne l'y prendrait plus.
De leur côté, les communicants de la marque savourent leur victoire : « Grâce à une mobilisation maximale, le commerce équitable a fait un pas de géant dans les consciences hexagonales ». Et dans les linéaires aussi...
Désormais « équitable » et GMS sont réunis, pour le meilleur et pour le pire, sous la même bannière de l'économie dite... solidaire.
Depuis ce temps, les signataires poussent leurs caddies - débordant de produits inéquitables - sur le sommet desquels ils glissent un petit paquet de café équitable, comme d'autres jettent une pièce dans le chapeau du pauvre à la sortie de l'église. Les mêmes défilent le lundi contre la précarité et les délocalisations...
D'autres acteurs que les champions de l'équitable en supérette, beaucoup moins médiatiques ceux là, tentent de promouvoir un autre commerce équitable, porteur de valeurs universelles, au Nord comme au Sud.
Trois logiques s'affrontent aujourd'hui dans le paysage tourmenté du commerce équitable :
- celle d'une marque [ 8], Max Havelaar, et de ses partenaires commerciaux s'inscrivant dans une recherche de traitement de volumes toujours plus importants, au profit de petits producteurs du Sud spécifiquement ciblés ;
- celle du réseau Minga, constitué de ses 90 entreprises membres, qu'accompagnent de nombreux sympathisants / militants, se positionnant dans une approche de filières et de généralisation d'un commerce équitable, au Nord comme au Sud ;
- celle enfin de la Fédération Artisans du monde, forte de ses 143 associations locales et de ses 5 000 bénévoles, qui après avoir accompagné l'implantation de Max Havelaar en France, entend bien reprendre la main et redonner à l'équitable tous ses droits. Et pour la première fois... au Nord comme au Sud.
Approches « filières » contre approches « produits », commerce équitable dans les relations Sud/Nord, mais aussi Sud/Sud et encore Nord/Nord... le débat fait rage.
Artisans du Monde et MINGA se retrouvent finalement sur de nombreuses valeurs communes. L'un comme l'autre ne font plus mystère aujourd'hui de leur éloignement, de plus en plus radical, par rapport à la première logique citée qui défraie la chronique de jours en jours.
Dans le concert des initiatives locales et nationales, la marque Max Havelaar s'est octroyé la première manche, en s'imposant comme acteur essentiel d'un certain commerce équitable. Financée à ses débuts par les églises hollandaises, l'association a très vite bénéficié en France d'un traitement de faveur tout à fait exceptionnel de la part du pouvoir politique, via le ministère des Affaires Etrangères.
Chacun mesure les difficultés croissantes du monde associatif. Au moment où le gouvernement désengage l'Etat du secteur associatif, se permettant même de ne pas honorer des engagements résultants de conventions pluriannuelles [ 9], comment ne pas s'étonner de la générosité des gouvernements UMP (Raffarin puis de Villepin) à l'égard de la marque Max Havelaar, ayant bénéficié, toutes subventions confondues, de plus de 1700 000 € pour la seule année 2004 [ 10]. Plus de onze millions de francs attribués à une marque privée !
Le débat autour des dérives d'une marque qui voudrait se faire label [ 11], dépasse aujourd'hui le petit cercle des acteurs du commerce équitable. Il a le mérite de nous ramener à la réalité : il se passe quelque chose dans l'envers du décor du commerce dit équitable et la vérité, dans le plus simple appareil, nous éloigne cruellement de ces cafés nommés désir que nous vante la publicité.
Qu'en est-il de la promesse que les uns et les autres se font ? Les organisations dites non gouvernementales (bien que...) et les entreprises qui font de l'équitable tiennent-elles leurs engagements ? Quels sont les vrais gagnants dans cette affaire ? Répondre à ces questions, c'est éclairer d'un jour cru un aspect que certains « commerçants de la bonne conscience » aimeraient tenir secret.
Ici aussi la plus grande vigilance est de rigueur pour faire le tri entre les acteurs d'un véritable commerce équitable et les manipulateurs, prêts à tout, pour récupérer et marchandiser le concept. Et pire encore, en prendre le contrôle pour mieux l'anesthésier. Rien que du classique...
Par Christian Jacquiau, Auteur du livre « Les coulisses de la grande distribution » chez Albin Michel en mars 2000, vient de publier « Les coulisses du commerce équitable », aux éditions Mille et une nuits (mai 2006)
Rédigé par: m villeanve | le jeudi 20 septembre 2007 à 21h59
Et la vigilence contre les vendeurs de polémiques ? Ceux qui font leur fond de commerce en prenant l'acteur le plus connus d'un secteur en plein boom, font courir des rumeurs et profitent du bruit que ça va occasionner pour vendre leur pamphlet? Comment s'en protéger?
Car c'est bien de ça dont il s'agit içi, un robin des bois qui s'improvise expert du commerce équitable un matin, et se permet de juger l'impact du commerce équitable, sans jamais avoir fait l'effort d'aller sur le terrain et de comprendre les besoins locaux!
Pour une critique plus posée de ce brulôt, je vous invite à consulter le site de cette association:
http://www.reunion-equitable.asso.re/spip.php?article83
Mais oui, 1000 fois oui, un marché équitable à Puteaux c'est une très bonne idée!
Un militant du CE excédé de voir son boulot de fourmis balayé par la campagne promotionnelle de ce bouquin (le commentaire ci-dessus, c'est du copié collé !).
Rédigé par: Hervé | le mardi 29 janvier 2008 à 19h57